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Voyage au pays du tabou et des mesures discriminantes

Dites, on vous a déjà dit que vous pourriez faire tourner une mayonnaise quand vous avez vos règles ? Oui ? Alors comprenez que si ce cliché a encore la vie dure en France en 2018, c’est parce que les règles ont une histoire complexe. Pendant des siècles, elles ont fait l’objet de multiples théories médicales fumeuses et de croyances populaires dépassées. Celles-là mêmes qui voudraient nous faire croire, encore aujourd’hui, que le sang menstruel est quelque chose de sale, et que la femme qui le perd est potentiellement “impure” ou “dangereuse”.

Parce qu’en fait, les règles sont si taboues que le sujet en lui-même n’est que très difficilement abordé en société. Des jolies gouttes de sang bleu des spots télévisés aux expressions lyriques (coucou les coquelicots) ou dégradantes qui les désignent, ce dont souffrent les règles, c’est d’un véritable manque d’information et de sensibilisation. Un bazar silencieux aux répercussions immédiates sur la manière dont les femmes vivent leurs règles à travers le monde. Pour casser les tabous et les idées reçues, Gina vous décrypte les idées les plus avant-gardistes et les traditions les plus discriminantes : en espérant, peut-être, changer les règles pour demain.

  • Pour vous planter le décor, en France, les règles posent encore aujourd’hui plusieurs problèmes, tous connectés au tabou des règles en lui-même : la taxe tampon, la qualité des protections périodiques, et la précarité menstruelle. Le combat s’est centré majoritairement sur la taxe tampon, jusqu’en 2015. Le but ? Faire en sorte que les protections périodiques soient taxées à hauteur de 5,5% comme les produits de première nécessité. Et travailler sur des solutions pour rendre les protections périodiques accessibles et gratuites dans les lieux publics.
  • D’ailleurs, en Angleterre, les protections périodiques sont extrêmement coûteuses. Elles représentent un budget annuel d’environ 500 euros pour les femmes menstruées.
  • Une vision (très) différente de celle de l’Ecosse, qui fournit depuis l’année dernière, des protections périodiques gratuites à toutes les collégiennes, lycéennes, et étudiantes. Go, Scotland !
  • Au Japon, depuis 1947, les femmes ont le droit de prendre un congé menstruel en cas de règles douloureuses, mais elles ne le font que très rarement. Dans le même temps, sachez qu’aujourd’hui encore, une femme ne peut pas devenir maître sushi parce qu’on considère qu’elle a un sens olfactif déréglé, à cause de ses menstruations. Un truc qui fait plaisir (quand même) ? Une seule cheffe est maître sushi au Japon. Elle est aujourd’hui à la tête d’un restaurant composé d’une équipe exclusivement féminine. Clap, clap pour le coup de pied dans les clichés et le talent.
  • Comme le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l’Indonésie et la Zambie ont instauré un congé menstruel en cas de règles douloureuses. Une mesure à contraster par le contexte plus ou moins sexiste ou discriminant dans lequel elle s’exerce, et qui pousse beaucoup de femmes à ne pas bénéficier de ce congé.
  • Au Népal, dans certaines zones rurales, parce que les femmes menstruées sont considérées comme impures, on pratique le Chauupadi : une coutume (pourtant interdite depuis 2015), qui consiste à mettre les femmes en quarantaine quand elles ont leurs règles. 13 jours la première fois, 7 la seconde puis au moins 4 pour le reste de leur vie, jusqu’à la ménopause. Exilées, on considère qu’elle représentent un haut risque de contamination : elles n’ont donc pas accès à l’eau courante, à la nourriture et encore moins à leur propre maison.
  • Si vous partez en voyage à Bali, sachez que vous n’aurez pas le droit de pénétrer dans un temple si vous avez vos règles. De même, certaines Balinaises n’ont pas le droit non plus de pénétrer dans une cuisine pour éviter le contact avec l’eau et les aliments, et doivent porter les mêmes vêtements pendant toute la durée de leurs menstruations.
  • En Inde, seulement 12% des femmes ont accès aux protections périodiques. Une histoire de coût qui donne lieu à des conséquences désastreuses. Parce qu’elles utilisent de la cendre, de la boue ou des chiffons pendant leurs règles, elles s’exposent à des risques d’infection ou de maladie qui peuvent être mortelles. Dans le même genre, dans certaines zones rurales, les femmes doivent dormir et manger à part et utiliser une vaisselle bien spécifique pour ne pas “contaminer” les aliments à leur contact. Grosse ambiance.
  • En Bolivie, les femmes n’ont pas le droit de jeter leurs protections périodiques dans leurs espaces publics. Pourquoi ? Parce qu’on considère que le sang menstruel provoque des cancers et d’autres maladies. Et pour “parfaire le tableau”, sachez que les jeunes filles menstruées n’ont pas le droit de jouer avec des enfants. Parce que bon, idem : c’est dangereux.
  • Au Kenya, au Bénin, en Inde ou encore au Népal, les règles sont un des premiers facteurs de déscolarisation. Parce que les protections périodiques sont très coûteuses et que les familles n’ont pas les moyens d’en procurer aux jeunes filles qui ont leurs règles. De même, les structures sanitaires des écoles, très précaires (et souvent mixtes) sont décourageantes pour celles qui souhaiteraient s’y aventurer.
  • Sur la planète Instagram (citoyennes du monde, bonsoir) le sang menstruel est toujours censuré à coups de suppression de posts. Une mesure qui semble extrême et hypocrite pour de nombreuses personnes, comme la mannequin suédoise Arvida Bystrom qui signait en 2014 une série de photographie sur les règles intitulée poétiquement “There Will Be Blood”. Bien ouéj.
  • Enfin, dans l’espace (ceci n’est pas une blague), la question du tampon a été une grande source de débat pour la NASA, lors du premier voyage d’une femme astronaute américaine en 1983. Fun fact : on raconte que les ingénieurs qui travaillaient sur ce projet, auraient demandé à Sally Ride si 100 tampons lui suffiraient pour ses 4 jours de règles. Une bonne manière pour nous de vous rappeler que le manque d’information et de sensibilisation que provoque un tabou est toujours un désastre, quelle que soit la situation.