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Répétez après nous : orgasme. ORGASME. OR-GAS-ME.

Parce qu’aujourd’hui, c’est décidé : liquidation totale, au sens littéral et figuré. Littéral : grosse braderie sur les préjugés, les mythes de la culture porno prédominante, les aprioris qui ne font jouir personne et qui emmerdent tout le monde. Figuré : orgasme pour toutes, et liquides du nirvana sexuel en pagaille. Alors, on s’y met ?

Point histoire

Pour bien comprendre le débat sur le plaisir et l’orgasme féminin aujourd’hui, il faut nécessairement remonter en arrière, et voir la manière dont il a été appréhendé, invisibilisé, et surtout contrôlé jusque très récemment. Si, pendant des millénaires, la question de la sexualité des femmes a été associée à une simple fonction (reproduction de l’espèce), la question du plaisir féminin en a donc été parfaitement exclue.

En fait, le débat sur les sexualités des femmes et leur plaisir ne s’ouvre que très franchement avec la vague des féministes des années 70. L’enjeu ? Dissocier les sexualités féminines de leur fonction reproductive, à laquelle elles avaient, jusqu’à lors, toujours été assignées. Et ça, ça passe par la lutte pour le droit à l’IVG, l’accès à la contraception pour toutes… bref, à la maîtrise des femmes de leur fécondité, à l’abri d’une maternité non-prévue ou subie.

Quelqu’un a dit erreur ?

Bon, les bases sont posées : le plaisir féminin a été contrôlé pendant si longtemps, qu’aujourd’hui encore, on en sait franchement peu sur le sujet. La croyance (encore très présente) selon laquelle l’orgasme des femmes serait (ou pourrait) être exclusivement vaginal, ou encore le sujet de l’éjaculation féminine en sont d’ailleurs clairement représentatifs.

Le fait est qu’on a tant voulu contrôler la sexualité des femmes et l’ancrer dans le cadre de ce que l’on considérait comme acceptable, qu’on a fini par littéralement passer à côté du sujet. Du même coup, ça ne fait que quelques années que la science s’intéresse véritablement au plaisir et à l’orgasme féminin. Et ce qui a été découvert aujourd’hui permet de décréter, qu’en fait, toutes les femmes sont probablement des “femmes fontaines”. Et que, de la même manière que les hommes ont des glandes prostatiques, les femmes ont ce qu’on appelle des glandes de skène, qui leur permettent d’éjaculer OKLM. Ainsi, non seulement le pénis n’est plus vraiment un privilège masculin (on sait que le clitoris en est l’équivalent et il fait d’ailleurs 11 centimètres au total !), mais en fait, l’éjaculation non plus. Oh. My. God.

Quelqu’un a dit tabou ?  

Seulement voilà. Quand on commence à aborder la question de l’éjaculation féminine en société, on se rend bien compte d’un truc : que les femmes qui en font l’expérience le vivent de manière générale comme un truc limite “honteux”. Comme un truc, qui au final, est si peu représenté dans la manière dont on nous apprend à prendre du plaisir, qu’on on vient très sérieusement à se demander si tout ça est bien normal. En fait, quand on aborde le sujet de l’éjac’ féminine, on entend quasi-exactement le même vocabulaire que celui qu’on emploie pour parler des règles : c’est “sale”, c’est “honteux”… bref, c’est franchement gênant.

Mais le fait est que l’éjac’ féminine, de par son existence, prouve que le plaisir féminin n’est pas ce qu’on a cru ou voulu nous faire croire pendant longtemps, et ressemble encore moins à la manière dont il est globalement représenté. Du même coup, l’intériorisation de ces idées contribuent grandement à la manière dont les femmes vivent leurs sexualités en général. Pour pouvoir jouir sans entraves, la clé serait donc de s’émanciper de ces tabous qui engendrent à la fois des hontes, des peurs… et un manque très handicapant de connaissances sur le sujet.

I can’t get no… satisfaction

La vague de témoignages et la libération de la parole occasionné par le génial compte Insta de Dora Moutot @tasjoui, a permis de remettre au coeur du débat la question du plaisir féminin aujourd’hui (principalement dans le cadre d’un rapport hétérosexuel). La question – fondamentale – étant d’approcher, femmes et hommes ensemble et individuellement, la question du plaisir, tel qu’il est construit, et tel qu’il doit être déconstruit pour pouvoir se vivre réellement. En gros, comprendre que le réinventer ensemble passe forcément par une étape de questionnements et de doutes qui sont la base même de tout apprentissage.

D’ailleurs, et à titre d’exemple, une étude réalisée récemment aux USA montrait que si 95% des hommes atteignent l’orgasme dans le cadre d’un rapport hétérosexuel, seulement 65% des femmes pouvaient prétendre à la même chose. En revanche, dans le cadre d’un rapport lesbien, ce chiffre montait jusqu’à 86%. Dans la même veine, une étude (très complète) réalisée par l’Ipsos en France en 2015 montrait que 62% des femmes interrogées avaient déjà simulé un orgasme dans le cadre d’un rapport hétérosexuel. De quoi nous questionner sur la connaissance de nos corps, et sur les rôles que chacun joue ou croit devoir jouer dans le privé comme dans le public.

À l’école du kif

Le plaisir s’apprend. Et c’est sur ces mots aussi vastes que flous, qu’on vous laissera méditer. Mais le gros du message qu’on le cherchait à vous faire passer, c’est que le plaisir se prend autant qu’il se donne, et qu’il se doit donc aussi d’être égoïste. Qu’il faut le chercher, le déconstruire aux endroits où ses représentations ne nous conviennent pas (plus), et expérimenter (seule, ou à plusieurs).

En bref, arrêtons : de détourner notre regard de nos corps, de nos sexes et de la manière dont ils fonctionnent. Apprenons, essayons, parlons avec nos partenaires. Expérimentons, vivons, jouissons ensemble. Et comprenons que si l’on n’aborde encore que très timidement les questions du plaisir féminin, les maigres connaissances que nous avons sur le sujet aujourd’hui augurent – au prix de certaines luttes – de belles années orgasmiques, où nous saurons prendre du plaisir autant que nous aimons en donner. Parce que la question, c’est un peu ça : celle du plaisir. Qu’on prend gratuitement. Pour rien de plus que pour soi. Pour le kif, quoi. Et ça, évidemment, ça touche à des questions fondamentales de li-ber-tés.

Pour aller plus loin :

Notre article sur le clitoris, l’inévitable et pourtant oublié organe du plaisir féminin
Le livre fondateur de Déborah Sundahl : Tout savoir le point G et l’éjaculation féminine
L’excellent compte Insta de Dora Moutot
Le génial docu Pardon mais c’est trop bon de Sophie Jeaneau sur les sexualités et l’orgasme féminin
Le mini-documentaire d’Explained sur Netflix, sur l’orgasme féminin
La triste petite histoire du premier Viagra féminin