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Pink is an expensive color !

On s’en fout des taxes, non ? Enfin, la plupart du temps, c’est pas vraiment ce qu’on regarde quand on achète. À tort ou à raison, mais bon : le monde est ce qu’il est. Sauf pour deux-trois trucs qui ont vraiment le don de nous énerver. Par exemple ? La taxe tampon : celle qui s’applique sur le prix des protections périodiques sous la forme d’une TVA. Passée en France de 21% à 5,5% en 2015 suite au vote de l’Assemblée Nationale, c’est un grand combat de gagné dans un monde où jusqu’à lors, les protections périodiques étaient plus taxées que les sodas. Débrief et suites d’un débat houleux qui n’en a pas fini de faire parler de lui.

Tabou de luxe ?

Produit de luxe ou de première nécessité ? On sait, ça a l’air dingue, mais sachez que le débat a battu son plein jusqu’à très récemment. Ce n’est que depuis 2015 que l’Assemblée Nationale – pressée, entre autres, par des associations féministes comme Georgette Sand ou Osez le Féminisme ! – a voté en faveur de l’application de la taxe des produits de première nécessité pour les protections périodiques. Et là vous vous dites que globalement, c’est n’imp’. Et pourtant. Il a fallu plus de 10 ans de militantisme pour faire en sorte que les tampons, serviettes et autre came du même type, soient taxées à la même hauteur que (au hasard) le Coca ou les capotes.

Pourquoi ? Parce que le sujet des règles est si tabou en société qu’il est complexe de l’aborder dans les sphères politiques. Et que les revendications qui sont liées à ce sujet sont bien souvent éclipsées par le tabou des règles lui-même. C’est “simple” : plus un sujet est tabou, moins on en parle. Et moins on en parle, moins on le comprend : ce qui amène à des problématiques sociétales énormes et des décisions politiques très mal éclairées.

Un problème de représentation ?

Ça n’est pas un scoop mais il reste important de le dire : les femmes sont assez peu représentées dans les hautes sphères politiques. Ce qui explique que le combat ait été si long et fastidieux : parce qu’il est malheureusement plus complexe dans une Assemblée à large dominance masculine de faire passer des lois qui ont trait aux corps des femmes. D’ailleurs, la réaction de quelques politiques prenant part au débat sur le remboursement des protections périodiques avait à l’époque fait grand bruit : Christian Eckert, notamment, avait fait scandale en arguant que “les protections hygiéniques sont aux femmes ce que la mousse à raser est aux hommes”. A cela, deux réponses, from Gina with love : 1/ ça n’a rien à voir 2/ dans ce cas là, autant nous rembourser aussi notre forfait épilation, non ? D’avance merci.

Précarité menstruelle

Quand on demande la suppression ou la diminution de la taxe tampons (à 2,1%, par exemple, comme c’est le cas pour les médicaments remboursables par la sécurité sociale), c’est pour une seule bonne raison : pour que les règles puissent coûter moins cher et être vécues par toutes dans la dignité. Parce que, oh : déjà que la plupart des tampons du marché sont bourrés de produits chimiques, et les règles extrêmement douloureuses pour certaines … il ne faudrait pas non plus pousser au point d’y appliquer une taxe aux allures tout aussi punitives, non ?

C’est en ce sens également qu’on parle de précarité menstruelle : pour raconter l’histoire de celles (nombreuses), qui, parce qu’elles n’ont pas les moyens de se payer leurs protections périodiques, se retrouvent tous les mois dans des situations catastrophiques et complexes en terme d’hygiène. Et c’est tout le rôle de l’Association Règles Élémentaires : de briser le tabou des règles et de lutter contre la précarité menstruelle des femmes, en organisant des collectes de protections périodiques sur toute la France.

DATA parlante  

Quelques chiffres pour mesurer l’importance de cette dépense : une femme utilise en moyenne 22 tampons ou serviettes par cycle, ce qui représente, au cours de sa vie, une somme située entre 1500 et 2000 euros*, sans compter les anti-douleurs, les sous-vêtements, et autres besoins qui gravitent autour de l’univers des menstruations. Et que ce soit bien clair : à l’échelle d’une vie, tout le monde ne peut pas lâcher le salaire d’un cadre junior dans des boîtes de protections périodiques. Sont donc touchées en première ligne : les étudiantes, les travailleuses précaires, et les sans abri. Et dites-vous bien que ça, ce n’est qu’à l’échelle de la France : en Angleterre, on estime qu’en moyenne une femme dépense 565 euros par an dans des protections périodiques. God damn !

Solutions intermédiaires

Pour pallier à la précarité menstruelle, l’une des solutions serait de rendre les protections périodiques accessibles (partout) et gratuites aux endroits où elles sont nécessaires : dans les foyers d’accueil, dans les banques alimentaires, dans les prisons, dans les écoles. Une démarche pertinente pour affaiblir les inégalités face aux produits de première nécessité du quotidien et que l’on retrouve déjà en Écosse (depuis l’année dernière) ou dans l’État de New-York (depuis 2016 !).

Le dernier bastion de ce combat reste néanmoins la qualité des protections périodiques qui seraient proposées de manière gratuite. Tara Heuzé, la fondatrice de Règles Élémentaires tient à le souligner : “C’est une très bonne initiative de rendre les produits d’hygiène intime accessibles à celles qui en ont besoin, mais encore faudrait-il pouvoir s’assurer de la qualité de ces dernières”. De quoi méditer sur le fait que s’attaquer au tabou des règles ne peut se faire que de manière globale et totale, et que la problématique de la taxe tampon ne saurait s’envisager sans aborder la question de la composition de ces produits. En bref : changer les règles, oui… mais pour de vrai.